
PlanINTRODUCTION
DEVELOPPEMENT
I- Charles de La Fosse et l’Académie Royale de peinture et de sculpture
A-1673 : son admission à l’Académie
- Le premier thème imposé de son morceau de réception : histoire contemporaine
- Changement de thème : Apollon sur son char
- Sujet final : L’enlèvement de Proserpine
B-La querelle du coloris/dessin
- Charles de La Fosse, partisan du coloris
- Le Sacrifice d’Iphigénie, vers 1712
- Moïse sauvé des eaux, 1701
C-Le triomphe du coloris
- Charles de la Fosse nommé directeur de l’Académie Royale
- Le coloris s’impose à Versailles et à Paris
II-Charles de La Fosse : la peinture d’histoire
A-Charles de La Fosse au service du roi
- Le Château de Versailles (les salons de Diane et d’Apollon)
- Le Grand Trianon
- Le Château de Marly le roi
B-Charles de La Fosse : les sujets religieux
- La chapelle royale du Château de Versailles
- L’Adoration des mages
- Le Mariage de la Vierge
III-Charles de La Fosse et l’art du portrait
A-Généralités
- Une minorité de portraits
- Utilisation de figures réelles dans ses oeuvres
B-Portrait présumé de Françoise Athénaïs de Rochecouart, marquise de Montespan, vers 1677
- Difficulté à identifier le modèle
- Les caractéristiques de Charles de La Fosse
C-Portrait d’Armand-Jean Wignerod du Plessis, vers 1690
- Armand-Jean Wignerod du Plessis
- Portrait peu habituel : un portrait équestre
CONCLUSION
En 1661, la monarchie française joue un rôle déterminant dans les arts. En effet, Louis XIV comprit que la célébration de la grandeur de l’Etat devait passer à la fois par les arts littéraires mais également par les arts visuels et plus particulièrement les décors monumentaux. Progressivement, Paris devient une capitale artistique en pleine effervescence. L’Académie Royale de peinture et de sculpture joua un rôle fondamental : fondée en 1648, elle contribua à l’évolution artistique française du XVII et XVIIIème siècle grâce à une organisation hiérarchisée et l’apparition de conférences qui donnèrent lieu à différents débats fondamentaux.
Des artistes tels que Charles de La Fosse (1636-1716) surent tirer profit de cette politique et de ces débats artistiques en s’assurant une renommée. Elève de Charles Le Brun, Charles de La Fosse mena une carrière exemplaire ; c’est pourquoi nous nous demandons comment a-t-il pu évolué au sein de la cour royale et au sein des collections d’amateurs d’art ?
Dans une première partie de notre étude, nous nous attacherons à la carrière de Charles de La Fosse au sein de l’Académie royale en décrivant son morceau de réception. Puis, nous étudierons les peintures d’histoire réalisées par Charles de La Fosse : les sujets historiques, mythologiques et religieux. Enfin, nous nous intéresserons à l’art du portrait qui prend une place infime dans la carrière de cet artiste par rapport aux peintures d’histoire (il restera tout de même intéressant d’en relever certains éléments).
Charles de La Fosse a été soumis successivement à trois changements concernant son morceau de réception. En effet, il se fit chargé de « faire un tableau de la grandeur ordinaire, représentant le roi donnant audience aux ambassadeurs des nations éloignées dont il apportera l’esquisse dans six mois ». Le premier sujet donné concernait un thème qui leur était contemporain : la réception de l’ambassadeur de Soliman Aga qui eut lieu à Saint Germain le 5 Décembre 1669. Le deuxième thème lui étant soumis était un thème connu de Charles de la Fosse : il lui fallait reprendre le sujet d’une œuvre qu’il avait réalisée à Versailles ; Apollon sur son char. Le dernier changement de sujet lui valu son admission à l’Académie royale : L’enlèvement de Proserpine. D’après certains historiens, cette œuvre était normalement destinée au duc de Richelieu : la toile semble avoir été agrandie pour être au format habituel des morceaux de réception. Le paysage a donc été repris et agrandi, ce qui a permis à Charles de La Fosse d’unifier la lumière de l’ensemble de la composition. Cette œuvre dénote une double influence. En effet, l’importance donnée aux figures, aux paysages mais également au rendu de la profondeur fait référence au modèle vénitien alors que le traitement du corps (la douceur des modelés, la facture lisse, les reflets des corps et des draperies dans l’onde) renvoie au modèle des héritiers de Carrache (Italie centrale : la Bologne) tel que Francesco Albani. Le véritable problème de cette œuvre est le traitement coloriste des vénitiens : ici, il s’agit de valoriser une technique picturale précise et non de décrire une histoire. Cette œuvre montre combien il resta marqué par son séjour à Venise entre 1660 et 1663 et combien il est soumis à l’influence de certains peintres vénitiens du XVIème siècle (Véronèse et Titien).
Peu après son entrée à l’Académie, en 1680, Charles de La Fosse prit parti pour la primauté du coloris (tout comme Gabriel Blanchard, Jouvenet ou encore Antoine Coypel) dans un débat fondamental opposant le coloris au dessin. Ce débat divisera l’Académie royale en deux jusqu’à la fin du siècle. Pour les partisans de la couleur, le but essentiel de la peinture n’est pas didactique : elle doit s’adresser aux sens et non à l’esprit. La pratique artistique de Charles de La Fosse évolua au contact de ce débat théorique. Certains procédés comme la technique du pastel, qui atteint son apogée au XVIIIème siècle, lui permit de développer son travail de la couleur. D’autre part certaines œuvres montrent l’importance donnée à la couleur comme par exemple, Le Sacrifice d’Iphigénie (fig.1), commandé par le roi pour le salon de Diane au château de Versailles vers 1712, qui dévoile une lumière d’une tonalité blanche et un travail d’ombres et des reflets. Cette expérimentation de Charles de La Fosse renvoie au modèle rubénien. En effet, vers 1680, Charles de la Fosse découvre le travail de Rubens (Roger de Piles réalisa un inventaire des collections de Charles de La Fosse : il y avait notamment des œuvres de Van Dyck mais aussi de Rubens). Dans La Présentation de la Vierge au Temple (fig.2) de l’église des Carmes à Toulouse, datée de 1682, l’influence des vénitiens et celle de Rubens est palpable : les drapés soufflés, l’éclat des étoffes, la somptuosité font référence à Rubens tandis que la composition se rapproche du modèle vénitien. L’œuvre datée de 1701 et intitulée Moïse sauvé des eaux (fig.3) est caractérisée par un coloris doré, d’inspiration vénitienne, mais aussi par une harmonie des couleurs et par une grâce raffinée des figures. Cette œuvre témoigne du triomphe du coloris. En 1699, les partisans du coloris se retrouvèrent à la tête de l’Académie royale de peinture et de sculpture : Charles de La Fosse est nommé directeur de l’Académie et Roger de Piles y entre comme conseiller. Le prestige du coloris s’impose petit à petit dans la peinture française à la fois à Versailles et à Paris.
Après avoir été admis à l’Académie, Charles de La Fosse obtint d’importantes commandes royales. Les chantiers royaux de la fin du siècle favorisaient le décor : les tableaux remplissaient une fonction ornementale. Les grandes commandent étaient soit des décors religieux soit des cycles profanes. Le Brun enseigne à Charles de La Fosse le langage du grand décor historique qui devint sa vocation principale. Charles Le Brun lui confie, dans les années 1670, d’importants décors à Versailles. En effet, pour le salon de Diane, Charles de La Fosse réalisa Le Sacrifice d’Iphigénie mais aussi, Alexandre à la chasse aux lions datée de 1672 (voussure nord) et Jason et les argonautes abordant à Colchos (voussure ouest). Pour le salon d’Apollon, Charles de La Fosse réalisa pour la partie centrale du plafond Le char d’Apollon puis, sur les voussures ; Auguste faisant bâtir le port de Mysene (voussure ouest), Porus conduit devant Alexandrie (voussure nord), Coriolan levant le siège de Rome à la demande de sa mère (voussure est) et enfin, Vespasien faisant élever le Colisée à Rome (voussure sud). Successivement sur les angles des voussures, Charles de La Fosse réalisa L’Afrique datée de 1675, L’Amérique, L’Asie, et L’Europe. Ce programme iconographique spécifique relève de la décision du roi : «l’exaltation de la monarchie française ne passera plus par les mythes anciens ». Charles de La Fosse réalisa également certaines parties du décor monumental du Grand Trianon. En effet, pour le salon des Malachites (le cabinet du couchant), il réalisa Apollon et Thétis datée de 1687-1688 et Clytie changée en tournesol, une œuvre dotée d’une composition aérée annonçant l’art de Watteau. Au premier salon de l’Impératrice, Charles de La Fosse réalisa vers 1700 Saint Marc et Saint Luc. Pour le Château de Marly le roi, il peigna Bacchus et Ariane en 1699 (conservée au musée des Beaux Arts de Dijon) pour le grand salon de musique. C’est une allégorie de l’automne faisant pendant à l’été. De nombreux artistes ont travaillé à Marly tels que Louis de Boulogne qui cultive l’héritage de Dominiquin et de l’Albane contrairement à Charles de la Fosse influencé par Rubens et les vénitiens : cela témoigne de la liberté et de la richesse de la situation artistique vers 1700 en France.
On doit à Charles de La Fosse de nombreuses peintures religieuses à la fois destinées au roi et à une clientèle privée. Nous avons une commande royale : La Résurrection du Christ réalisée vers 1708-1709 pour la voûte du chevet de la chapelle royale de Versailles. Elle représente les trois figures de la Trinité ainsi qu’au centre les Pères éternels dans sa gloire apportant au monde la promesse de rachat (œuvre d’Antoine Coypel). Jean Jouvenet réalisa dans le cul de four de l’abside La descente du Saint Esprit sur la Vierge et les apôtres. Le chanoine Antoine de la Porte commanda en 1715 L’Adoration des mages pour le chœur de Notre Dame de Paris. Aujourd’hui conservée au Louvre, cette œuvre dévoile une composition marquée par l’influence à la fois de Véronèse et de Rubens. Charles de La Fosse réalisa également Le mariage de la Vierge en 1665 : c’est une esquisse pour la peinture de la chapelle des mariages à l’église Saint Eustache. On lui commanda également Saint Louis remettant son épée à Jésus Christ après avoir vaincu les infidèles (1703-1706) pour l’église Saint Louis des Invalides : il y effectua le décor de la coupole haute et ceux des pendentifs marqués par la hardiesse des raccourcis. Ces nombreux tableaux religieux témoignent de la force et du renouveau du catholicisme en France à la fin du règne de Louis XIV.
Charles de La Fosse a essentiellement réalisé des peintures d’histoire mais, une partie infime de son travail est consacré à l’art du portrait. En effet, il réalisa très peu de portrait bien que Charles de La Fosse utilisait des figures réelles pour faire certains de ses tableaux d’histoire : pour une Nativité de la chapelle de l’autel Amelot de Bisseuil à Paris, il se servit du visage de sa future épouse mademoiselle Béguin. Dans une autre Nativité de l’église Saint Sulpice à Paris, le peintre se servit des traits du visage de madame de la Mésangère pour réaliser ceux de la sainte Vierge.
Charles de La Fosse réalisa trois portraits d’une demoiselle d’Arganes dont un en pastel et les deux autres sur toile. Il effectua également un portrait pour Hyacinthe Rigaud. Vers 1677, Charles de La Fosse réalisa le Portrait présumé de Françoise Athénaïs de Rochecouart, marquise de Montespan. Ce portrait, conservé à Versailles, est délicat au niveau de l’identification. Dans tous les cas, l’attribution reste exacte : nous reconnaissons le coloris chaud et les contours marqués des visages de Charles de La Fosse. Les enfants ressemblent aux puttis de la peinture d’histoire. Charles de La Fosse effectua le portrait du neveu du cardinal Richelieu en 1690 : Portrait d’Armand-Jean Wignerod du Plessis, conservé au musée des Beaux Arts de Tours. Armand-Jean Wignerod du Plessis a été nommé général des galères en 1642. Il fut envoyé par Mazarin combattre les espagnols à Naples en 1647. Il repoussa Don Juan D’Autriche mais n’arriva pas à débarquer ces troupes. Ce bref succès ne lui suffit pas à obtenir la renommée souhaitée. Grand amateur d’art ; collectionnant des tableaux de Poussin (au nombre de 13), une œuvre de Titien, une de Van Dyck, de Rubens et d’Antoine Coypel ; c’est par le biais des arts qu’il va se promouvoir. Ce portrait en est la preuve : c’est un portrait équestre, ce type de portrait est relativement rare en France et réservé aux grands personnages de la cour.
La carrière de Charles de La Fosse est exemplaire : il entra à l’Académie avec un morceau de réception considéré par certains historiens comme le manifeste des coloristes. Il accéda à la direction de l’Académie en 1699 et fit triomphé les coloristes dans le débat qui les opposèrent aux partisans du dessin. D’autre part sa carrière fut marqué par d’importantes commandes royales mais également par de nombreux tableaux mythologiques et religieux pour le compte d’une clientèle privée. Il réalisa quelques portraits mais Charles de La Fosse a marqué le XVII et XVIIIème siècle avec ses nombreuses peintures d’histoire.
Charles de La Fosse est un peintre situé entre deux siècles, entre Rubens et Watteau. En effet, le rubénisme suscita en France, à l fin du siècle, les œuvres de Charles de La Fosse mais aussi celles d’Antoine Coypel. Elles prolongent le thème des « amours des dieux » et ouvrent la voie au XVIIIème siècle.


